Le village de l’opium

Longwa est un village du nord-est de l’Inde habité par la tribu des Konyacs. Situé à la frontière avec la Birmanie, dans la province du Nagaland et dirigé par son chef Tonyei Phawang, l’endroit est réputé dangereux. Toutes sortes de rumeurs courent à son sujet dont celle d’abriter d’anciens chasseurs de têtes.

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La réalité pourtant est toute autre. En effet, le mal qui ronge le village est plutôt une addiction généralisée à l’opium tellement ancrée dans les habitudes qu’elle semble désormais presque faire partie de la tradition de cette communauté.

Depuis maintenant 75 ans, l’opium a insidieusement modifié la structure politique et sociale du village et de la région. Cette dernière est en proie à d’incessants conflits entre le gouvernement indien et diverses guérillas.

Pour bien comprendre le phénomène, il faut retourner dans les années 40. À cette époque, les colons britanniques voulant poser les bases d’une relation paisible avec les Konyacs leur ont offert de l’opium. Ce qui était à l’origine un simple geste de paix est devenu avec le temps une caractéristique spécifique de la population locale.

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On estime que c’est un adulte sur trois qui consomme quotidiennement de l’opium au village et ce sont uniquement les hommes de la tribu qui fument. De leur côté, les femmes et les enfants travaillent aux champs toute la journée. Le soir, ce sont aussi les femmes qui préparent le dîner et s’occupent des enfants. La cohésion de la communauté repose entièrement sur les épaules des femmes. Sans elles, la tribu éclaterait.

Lorsqu’ils sont jeunes, les enfants aident leurs mères. Plus tard, ils partent vers les villes. Ceux qui restent se mettent également à consommer de l’opium. Il est important de préciser que le village est très isolé; une route pour arriver au village a été construite tout récemment. Ce manque d’infrastructure explique pourquoi les enfants ne vont pas à l’école et aussi pourquoi les hommes ne travaillent pas.

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On est alors en droit de se demander comment la tribu se procure l’opium. Les revenu viennent principalement de la vente de bijoux dans des zones touristiques voisines. Cet argent récolté part en quasi-totalité dans l’opium. Le problème semble donc insoluble.

Ici, à l’image de leur chef de village âgé de 38 ans, les hommes fument du matin au soir. C’est ainsi et ça ne semble pas vouloir changer.

Toute modification de ce mode de vie doit être apportée par les habitants de Longwa eux-mêmes. Or, l’opium arrive si facilement via la frontière avec la Birmanie, que l’on ne sait pas trop à quelle niveau se situe leur volonté de mettre fin à cette existence totalement façonnée par la drogue.

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Du côté du gouvernement, la lutte anti-drogue existe sans toutefois être très active. Des organisation encouragent pour leur part les fermiers à cultiver la cardamome, mais cette plante rapporte bien sûr beaucoup moins que l’opium.

L’avenir de Longwa devrait donc se poursuivre tel qu’actuellement, nul ne voyant réellement d’où pourrait provenir le changement.

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